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Maxime Roy de Roy

Qui sont ceux qui œuvrent à nos contenus, qu’ils soient écrits ou audios? Portrait de Maxime Roy de Roy, qui signe avec Félix Beaudry-Vigneux le bédéreportage «Rosemont Petite-Syrie», dans Nouveau Projet 10.

Maxime Roy de Roy

Maxime de Roy, 33 ans, est illustrateur indépendant. Avant de pouvoir l’affirmer, le Québécois d’origine s’est «beaucoup cherché». Lorsqu’il était étudiant, il a d’abord suivi une formation en linguistique, puis en histoire de l’art et en graphisme. Mais depuis toujours, Maxime De Roy dessine. Il aime créer des imaginaires et inventer de courtes histoires, en bandes dessinées la plupart du temps. Très récemment, Maxime De Roy a décidé d’en faire carrière. Il réalise aujourd’hui des piges pour la revue Planche, le site web Aliments du Québec, et parfois il croque des caricatures pour les médias. Rosemont Petite-Syrie est son premier bédéreportage.

Dans Rosemont Petite-Syrie, vous dessinez l’histoire réelle d’une famille de réfugiés syriens qui a quitté son pays pour venir s’installer au Québec. Pourquoi vous êtes-vous intéressé au bédéreportage pour raconter ce récit de vie?
Je me suis lancé à l’aveuglette. Félix [Beaudry-Vigneux, à l’origine de l’idée de Rosemont-Petite-Syrie, ndlr] est venu me voir avec un sujet de reportage sur l’histoire de Feras et sa famille. Il avait des amis qui allaient accueillir des étrangers. C’est comme ça qu’il a commencé ses entrevues avec Maude, une Québecoise impliquée dans l’accueil de la famille Darwish. Puis il a échangé avec Feras, le père de famille syrien et a récolté toute l’information. Je n’avais jamais réalisé de bédéreportage auparavant, ni travaillé avec un scénariste. La plupart du temps je dessine seul. Donc le projet m’intéressait vraiment à tous points de vue. J’avais déjà lu auparavant des reportages dessinés, notamment les livres de Joe Sacco, l’un des pionniers en la matière. C’était comme un nouveau défi en tant qu’illustrateur.

J’imagine que pour raconter une réalité comme celle-ci en dessin, cela demande un travail très exigeant?
Habituellement, je fais de la fiction, ce qui est très différent. J’invente un monde, je créé des personnages, une histoire, des lieux. Cet imaginaire, c’est ce qui démarque un illustrateur et fait sa «patte». Pour «Rosemont Petite-Syrie», je devais suivre pointilleusement l’histoire de Feras, et être le plus réaliste possible. Je n’étais pas du tout habitué à ce format, finalement très journalistique. J’ai vraiment dû m’adapter à cette nouvelle façon de raconter. J’ai d’abord eu beaucoup d’échanges avec Feras et Maude pour pouvoir m’imprégner de leur histoire commune. Feras m’a aussi envoyé plusieurs photos de chez lui en Syrie, de sa famille. Il m’a décrit son voyage, sa vie en Turquie. Ces informations m’ont servi de matière première, à partir desquelles j’ai imaginé des éléments d’ambiance et de décor.

En quoi le bédéreportage est différent de ce que vous faites habituellement en tant qu’illustrateur?
Premièrement, il y a beaucoup de textes. Je suis plus habitué à raconter par l’image, par le biais de cases sans parole. En fait, j’aime montrer les choses au lieu de les dire, un peu comme un photographe ou un artiste. Alors j’ai souhaité apporter plus, ne pas men tenir à des faits ou à une simple illustration de ce qui est dit. J’ai essayé d’apporter un peu de mon imagination pour raconter par le dessin, notamment lorsque Maude s’intéresse aux conflits en Syrie. J’ai créé une série de petites cases pour montrer, en image, comment elle prend conscience des réalités du pays.

Il y a donc une part de fiction dans ce reportage. Pour une histoire comme celle-ci, est-ce que ça pose problème?
Certains journalistes vont vous dire qu’il est important d’avoir un reportage le plus réaliste possible. Mais finalement, qu’est-ce que la réalité? Dans chaque format journalistique, il y a une part de narration: dans un reportage écrit, le lecteur s’imagine des ambiances, des lieux, les traits physiques des personnages. En radio, c’est pareil. C’est peut-être moins vrai en télévision. Mais en bandes dessinées, il y a forcément une part de fiction qui relève de l’art en lui-même, de la démarche créative du dessinateur. Quand jai lu l’histoire de Feras, je l’ai imaginé, j’ai visualisé ses conditions de vie, sa famille, son environnement. En BD, on n’a pas le choix que d’apporter une part de fiction. Au même titre quun article est toujours empreint de la subjectivité du journaliste.

Finalement, est-ce que le dessin peut apporter des informations supplémentaires dans un reportage?
Oui je pense que j’apporte plus d’informations. Ou du moins, je fais mieux vivre le reportage grâce au dessin. Encore une fois, ça ne sera jamais comme un documentaire filmé. Par contre, si on avait réalisé un documentaire, on aurait dû déployer des moyens beaucoup plus conséquents; on aurait peut-être dû aller en Syrie. Avec la bédé, on fait revivre l’histoire de cette famille même si on l’a réalisé à partir de très peu de choses. C’est l’histoire qui compte, et l’histoire est bien là.   

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Nouveau Projet 12

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