Magazine / Nouveau Projet 02 / Essai lyrique

Faux-self mon amour

Un jour, Facebook arrive dans ta vie. Tu l’aimes bien, il te fait souvent rire. Et lui, il aime ton visage, ta robe, ton bébé, tes recettes, les articles que tu lis, plein de choses. Mais un jour tu découvres qu’il te ment et, encore pire, qu’il t’emmerde. Alors la solitude te regagne, et tu contemples le désastre comme on regarde un tableau.

Fanny Britt Nouveau Projet 02

Faux-self mon amour

Considéré dans ce texte: Facebook et le capital sympathie. La valse des pouces levés. Le règne de l'émotion. L'auto-satisfaction. Le sentiment d'appartenance. La solitude.

Extrait

Tu fais les choses. Tu te lèves le matin, tu coupes les légumes, tu allumes le téléviseur, tu te souviens de ton adolescence. Tu parles au téléphone, mais tu détestes ça: le téléphone te ramène toujours à ta fragilité, à ton esprit en forme de jambes de Bambi, chancelant et frigorifié, un esprit mi-cuit et baigné de désirs. Tout de même. Tu fais les choses. Tu emmènes les enfants à la garderie, puis à l’école. Tu vas au magasin et tu t’achètes du mascara. Tu marches dans les rues de ta ville, que tu connais, tu croises le regard d’étrangers, que tu ne connais pas. De plus en plus, tu parais invisible. Pas que tu aies beaucoup chatoyé auparavant. Les femmes comme toi ne chatoient pas, en tout cas pas dans les rues de ta ville, ni dans les pages de tes journaux. Les femmes comme toi chatoient dans la nuit sous l’œil d’un homme indulgent. Les femmes comme toi chatoient en accouchant. Tout de même. Pas besoin de chatoyer pour exister, tu te dis. J’existe, tu te dis. Je vieillis mais j’existe. Tu tentes souvent de te corriger: je vieillis et j’existe. Mais le mais se faufile toujours entre tes dents. — Fin de l'extrait

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