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Plage Laval

En quittant le Mile End pour un coin de Laval pas tout à fait entré dans le 21e siècle, on dit peut-être adieu aux fromagers, aux boucheries bios et aux pianos publics. Mais on risque de découvrir, entre les saules pleureurs et les campes trois saisons, que les lieux qui nous ressemblent le moins sont peut-être ceux qui ont le plus à nous apprendre.

Rafaële Germain Nouveau Projet 06

Plage Laval

Considéré dans ce texte: Laval-Ouest et les résistants qui y habitent. Les crues printanières et les bécosses emportées par les eaux. La faune et la végétation en milieux humides. Les raisons secrètes et sournoises, lovées en nous, qui nous font choisir l’endroit où nous vivrons.

Extrait

Chaque printemps, lorsque la rivière des Mille Îles menace de sortir de son lit, les médias viennent faire un tour à Laval-Ouest. On voit alors se promener le long des rives les petites fourgonnettes à antenne de Radio-Canada, de la CBC ou de TVA, d’où sortent de pimpantes journalistes à l’enthousiasme déconcertant. Les gens du coin en parlent, se moquant joyeusement de ce monde de la ville qui s’énerve pour si peu—ils en ont vu d’autres, eux! Ils se souviennent des années où ils allaient acheter de la bière en canot, eux!—et se plaignant, à mots pas couverts du tout, que la seule personne interviewée ait été de race noire. Pas parce qu’ils sont racistes (ils ne sont pas racistes), mais parce qu’une personne de race noire, no offense, c’est sûr que c’est pas quelqu’un du cru. Le no offense, c’est pour moi. — Fin de l'extrait

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