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Le nord magnétique

Au début des années 2000, trois grands médias américains coiffaient Montréal du titre de capitale du rock indépendant. Était-ce là une invention de la presse ou une réalité mesurée à partir de critères objectifs?

Ralph Elawani Nouveau Projet 13

Le nord magnétique

Considéré dans cet essai sur Montréal comme capitale de la musique indépendante: Meet Me in the Bathroom, de Lizzy Goodman. Le retour du rock and roll. L’économie du plancher de danse. La constellation Godspeed You! Black Emperor. La bulle indie rock.

Extrait

C’était au printemps 2005. Le pape Jean-Paul ii agonisait tranquillement, les libéraux de Jean Charest s’apprêtaient à essuyer la grogne des étudiants pour 103 millions $ de bourses miraculeusement transformés en prêts, et Tout le monde en parle offrait encore une vague impression de nouveauté après quelques mois sur les ondes. La bulle de l’internet avait éclaté depuis un moment, tandis que le monde de la musique vivait des mutations majeures, bouleversé par les mouvements de fusions (Sony Music Entertainment et bmg, notamment) et les effets du partage de fichiers en ligne (l’épisode Napster et sa célèbre enfilade de poursuites intentées par Metallica). Pourtant, c’est Montréal qui faisait la une des journaux branchouilles. Une ville que les grands médias, tout comme ceux en plein essor tels Vice ou Pitchfork, présentaient comme la «Seattle du Nord» —meilleure analogie que l’on avait pu trouver pour parler de la prochaine crypte aux miracles de l’industrie de la musique. En moins de quatre semaines, les magazines Spin et Rolling Stone et le quotidien New York Times avaient tour à tour «découvert» le nouveau nord magnétique de la coolitude. La ville regorgeait de groupes baptisés Wolf-quelque chose (Wolf Parade, aids Wolf, We Are Wolves), d’anciens musiciens ska sapés à la mode postpunk, de logements abordables et de suffisamment d’infrastructures culturelles pour soutenir et alimenter un écosystème regroupé sous le vocable réducteur d’«indierock». Elle comptait par ailleurs quatre hebdomadaires culturels gratuits (Voir, Mirror, Ici et Hour), deux radios universitaires avec un certain rayonnement (cism et ckut), une chaine sur les ondes du diffuseur national (Bande à part), une émission sur artv (Mange ta ville), quelques blogues populaires, des bars, des lofts, des studios, des disquaires, des promoteurs, des étiquettes de disques et des locaux de pratique. Consécration, cette scène avait enfanté un orchestre pop baroque nommé Arcade Fire—cheval de Troie montréalais, dont les hennissements en «wa-oh-wa-oh» allaient bientôt contaminer la musique pop d’une tendance depuis baptisée Millennial Whoop. Dans la foulée de la résurgence des guitares «angulaires» (expression utilisée ad nauseam pour décrire le son qui avait succédé au capharnaüm du rap métal) et des pantalons skinny, Montréal avait peut-être créé quelque chose d’emblématique. Mais comment étions-nous parvenus à cette reconnaissance internationale qui nous valait d’être présents dans des festivals comme Les Eurockéennes de Belfort et South by Southwest? Comment avions-nous pu être invités à la table des adultes? Ou, pour tenir à peu près le langage de l’industrie: comment avions-nous «émergé»? — Fin de l'extrait

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