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Revenir à la maison

L’introduction de Nouveau Projet 13 par son rédacteur en chef, Nicolas Langelier.

Nicolas Langelier Nouveau Projet 13

Revenir à la maison

Objectivement, le confort de vivre n’a jamais été aussi élevé au sein de nos sociétés. Comment expliquer alors la persistance de ce sentiment d’échec collectif et de malêtre individuel? Pourquoi notre recherche frénétique du plaisir nous laisse-t-elle perpétuellement insatisfaits? Peut-être nous faudra-t-il secouer cette facilité et prendre le risque de défendre les valeurs qui nous tiennent véritablement à cœur pour mériter une vie de véritable qualité? L’introduction de Nouveau Projet 13 par son rédacteur en chef, Nicolas Langelier.

Extrait

Les 50 dernières années ont été marquées par une abondance sans précédent. Le Québécois moyen vit aujourd’hui dans un confort bien supérieur à celui de la fin des années 1960. Et on pourrait dire la même chose du Chinois, du Tunisien, du Polonais moyens, et d’un peu tout le monde sur Terre. Au cours du dernier demi-siècle, l’économie a continué de croitre. Elle s’est mondialisée, s’enrichissant de milliards de nouveaux membres de la classe moyenne, de Mexico à Bangalore à Séoul. La productivité a fait des gains remarquables, portée par l’informatisation et la robotisation. Les taux de pauvreté et de criminalité sont à la baisse depuis des décennies. De nombreuses maladies battent en retraite, quand elles n’ont pas carrément été éradiquées. L’espérance de vie ne cesse de s’allonger, et de plus en plus de gens parlent sérieusement d’étendre notre qualité de vie jusqu’à 150, 175, 200 ans. Au cours des siècles précédents, d’innombrables penseurs de la modernité, de Francis Bacon à Walter Gropius, avaient prédit cette abondance à venir. Ils avaient aussi imaginé qu’elle nous libèrerait: du travail acharné, des caprices de la nature, des mauvais tours des dieux. Les machines, en démultipliant nos efforts, allaient nous permettre de consacrer davantage de temps aux choses importantes. La vie spirituelle, par exemple. Les grands mystères de la vie et de la mort. Ce n’est pas exactement ça qui s’est produit. Si la modernité a désenchanté le monde, pour parler comme Max Weber et Mylène Farmer, nous avons tenté de nous réenchanter nous- mêmes, en redoublant d’ardeur dans la poursuite des délices en tous genres. Nous vivons à l’ère de la bucket list sans fin, sur laquelle nous pouvons avec satisfaction rayer des éléments au fil de nos aventures. — Fin de l'extrait

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Numéro courant
Nouveau Projet 16

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