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Vers une décélération généralisée: ébauche de marche à suivre

Constater l’accélération du rythme de nos vies, réapprendre la lenteur, poser des limites, concevoir l’amitié comme un acte de résistance, cultiver les contrerythmes: 5 suggestions pour apprendre à contrecarrer les impératifs de productivité et toutes les injonctions qui accaparent notre temps, notre vie.

Aurélie Lanctôt Nouveau Projet 13

Vers une décélération généralisée: ébauche de marche à suivre

Considéré dans ce mode d’emploi pour retrouver une maitrise de notre temps: Nos horaires surchargés. Le désir de «vivre à fond». Hartmut Rosa et l’accélération généralisée. L’humilité dont il faudra faire preuve. L’amitié, les bibliothèques publiques et le bungee. La résistance collective.

Extrait

La précipitation du rythme de nos vies n’est pas qu’une impression subjective. Le philosophe Hartmut Rosa (Accélération: une critique sociale du temps, La Découverte) explique que les sociétés de la modernité tardive sont le théâtre d’une accélération objective et généralisée. Bien sûr, les heures ou les semaines ne s’écoulent pas objectivement plus vite. Mais le nombre d’«épisodes d’action» par unité de temps, lui, augmente. Ainsi, le temps se densifie, et le rythme de la vie sociale s’accélère bel et bien. Ce mouvement, pour Rosa, est à mettre en lien avec les mécanismes de valorisation du temps: l’idée que «le temps, c’est de l’argent» nous pousse à rechercher sans cesse de nouvelles technologies qui permettent de produire plus vite. Les progrès réalisés à ce chapitre forcent les individus à s’adapter constamment pour continuer à tirer leur épingle du jeu, ce qui accroit d’autant le rythme de vie, mais aussi la cadence du changement social. Pour résumer trivialement: plus ça change, plus ça change. Oui, les nouvelles technologies ont réduit la durée requise pour effectuer bon nombre d’opérations. Le temps de travail (rémunéré) a également diminué, par rapport au début du siècle dernier. Mais les injonctions pour accomplir un nombre de tâches toujours plus grand annulent les bénéfices. Voici donc venu le règne du multitâche et du décloisonnement des impératifs temporels. On ne se contente plus, par exemple, de se donner rendez-vous à une heure et un lieu donnés; s’ajoutent des promesses comme: je t’enverrai un courriel ou un texte à tel moment, pour t’aviser de ceci ou cela. On démultiplie les engagements à communiquer—on les superpose, même. Qui n’a jamais envoyé un courriel pendant un autre rendez- vous? Il est par ailleurs si facile de «rester en contact», de télétravailler et de rester près de son iPhone «au cas où», qu’il faut avoir une fichue de bonne raison pour se déclarer véritablement indisponible. Tout le temps dont on dispose peut être employé à opérer, à produire, à optimiser la vitesse d’atteinte d’un objectif. Et alors même qu’il devient de plus en plus difficile de souffler, il faut, pour suivre le tempo de la vie sociale, consulter les nouvelles 12 fois par jour, découvrir les tendances qui se renouvèlent aussitôt, se gaver de contenus culturels éphémères… Certes, on ne passe plus 14 heures par jour au travail, mais qui oserait dire que les heures gagnées à cette plage horaire ont été réellement libérées? Les avancées technologiques qui accélèrent le rythme de la production nous ont-elles restitué du temps, ou l’ont-elles au contraire aliéné par deux fois? — Fin de l'extrait

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Nouveau Projet 14

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