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L’éducation réinvestie

L’école est-elle une startup comme les autres?

Aurélie Lanctôt Nouveau Projet 14

L’éducation réinvestie

Pour le dossier «Le Québec conscient», Aurélie Lanctôt, chroniqueuse et rédactrice en chef de la revue Liberté, interroge notre système éducatif.

Extrait

Rien n’a été laissé au hasard: programme éducatif, règles d’admission, modèle de gouvernance, liberté quant à l’embauche des membres de la direction et du personnel, ainsi qu’en matière de gestion des finances de l’école. Comme au privé… mais avec de l’argent public. Il y a de quoi sourciller. D’ailleurs, le dévoilement du projet a fait bondir représentants syndicaux, politiciens et citoyens engagés pour la protection de l’école publique. On a dénoncé ce qui ressemble drôlement à la création d’une «école à charte» à l’américaine. La SDA s’est défendue, affirmant que ce désir d’indépendance ne s’inscrivait pas du tout dans un esprit de privatisation, mais (oh, surprise) d’innovation. On a comparé l’école aux Centres de la petite enfance (CPE), qui jouissent d’une grande marge de manœuvre tout en se rattachant à un réseau fondé sur un principe d’accès universel, financé par des fonds publics. C’est habile: la comparaison—inadéquate, à mon sens—avec ce fleuron du modèle québécois rend plus difficile de jeter ce projet aux orties. C’est toutefois oublier que le réseau des CPE, à sa création, venait répondre à un besoin qui n’était alors comblé par aucun autre service public. On ne cherchait pas à s’extraire d’une structure existante en pointant ses failles pour se justifier. Alors que l’éducation publique souffre de sous-financement et d’une certaine rigidité administrative, l’argument de la flexibilité séduit. Mais c’est faire l’impasse sur l’esprit entrepreneurial derrière la démarche des promoteurs d’Angus; esprit qui, justement, minimise la nécessité de soutenir un réseau public de qualité, partout sur le territoire du Québec. Pour l’instant, l’école du Technopôle est certes un cas isolé, mais elle est tout à fait en phase avec le discours qui domine notre époque. Sous ses airs bobos, cette école-gadget n’est rien d’autre qu’une nouvelle filière dans l’entreprise de sape qui vise l’école publique. — Fin de l'extrait

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