Magazine / Nouveau Projet 14

La solitude de l’amant de fond

Un homme en pleine crise de la quarantaine, profite de sa passion pour la course pour camoufler ses aventures extraconjugales.

Samuel Archibald Nouveau Projet 14

La solitude de l’amant de fond

Une nouvelle érotique inédite de Samuel Archibald.

Extrait

J’étais embêté. J’avais dit à Marianne que je ne sortais pas travailler ce soir-là. Comme on s’était aperçus la veille qu’on habitait le même quartier, l’idée d’arrêter chez Manelle durant mon trajet de jogging est venue d’elle-même. J’ai donné le bain au petit, je l’ai couché et j’ai laissé Marianne et Gaëlle devant la télé en enfilant ma tenue de course et mes espadrilles. J’ai dit à Marianne qu’on pourrait se trouver quelque chose à regarder sur Netflix à mon retour. Je suis sorti de la maison et me suis mis à gambader sur les trottoirs luisants de pluie jusqu’à la porte de l’appartement de Manelle. J’ai gravi les escaliers en faisant grincer le fer forgé, je suis entré sans frapper et j’ai suivi les Dear Criminals jusqu’à la porte entrouverte de sa chambre. Manelle m’attendait flambant nue, étendue sur les couvertures. Elle m’a enfilé une capote en riant pendant que j’enlevais mon linge et je l’ai baisée l’équivalent d’un 5 km. La course à l’horizontale était née. C’est devenu par la suite une inside joke avec mes vrais partenaires de course, Antoine, un vieil ami, et Lucie, du bureau, qui me testaient: — Vas-tu courir à l’horizontale ou à la verticale aujourd’hui ? Les deux ne me jugeaient pas trop. J’étais un mari de 40 ans qui venait de se mettre à l’adultère pour ventiler un excès de responsabilités professionnelles, par crise existentielle ou par ennui. Je ne tenais pas mordicus à savoir. Je courais à l’horizontale. Le monde reprenait de ses couleurs. J’avais plus d’énergie en tant que père, en tant que patron et, ironie prévisible, en tant que mari. J’étais plus attentif et attentionné envers les gens qui m’entouraient, plus sensible à la circulation des corps dans l’espace, à commencer par la mienne. Je courais à l’horizontale. C’était l’alibi parfait pour quitter la maison, ne pas m’éterniser chez des inconnues et prendre une douche rédemptrice au retour. La vie était belle. — Fin de l'extrait

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