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Le parcours de la combattante

Qu’attendons-nous pour accompagner dignement nos ainés?

Eugénie Emond Nouveau Projet 14

Le parcours de la combattante

Considéré dans ce texte du dossier «Le Québec conscient»: les centenaires pimpantes. Les résidences privées et les couloirs d’hôpitaux. Les Laurentides. Les vertus antimicrobiennes du Grand Marnier. La médicalisation de la vieillesse. L’amitié, la vraie.

Extrait

J’ai connu Madame Clémence en 2010. J’avais 28 ans et je séjournais dans sa résidence de Lachute pour y réaliser une série d’émissions pour la télévision locale, qui m’avait embauchée comme journaliste. Vive, droite, fière, rieuse et orgueilleuse, elle en jetait. Mise à part une vénération sans borne pour Denis Lévesque et sa conjointe, nous étions sur la même longueur d’onde. Elle avait eu une vie dont elle ne conservait que les meilleurs souvenirs: l’usine de fabrication de munitions pendant la Deuxième Guerre mondiale, où elle avait rencontré Oscar, son mari huron et premier annonceur radio de langue française au pays; le tipi qu’elle avait tenu avec lui à Sainte-Adèle pour y vendre des capteurs de rêve; New York, où Clémence la cuisinière et Oscar le butler avaient servi une vieille Italienne irascible; le refuge de Saint-Michel, où ils avaient pêché à la mouche des soirs durant avec leurs invités de marque. Elle avait été heureuse. Et son bonheur en réserve lui garantissait des années tranquilles en résidence, dans sa chambre qu’elle aimait tant. Pendant mes années lachutoises, elle a été ma principale confidente. Je travaillais beaucoup. J’étais angoissée. Et rien de mieux qu’une centenaire accomplie pour apaiser l’anxiété de la vingtaine. Après mon départ pour Toronto, puis Québec, j’ai gardé contact. Je savais que cette relation-là était aussi intense qu’elle serait de courte durée. — Fin de l'extrait

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