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L’Euguélionne

Louky Bersianik, de son vrai nom Lucille Durand, est née à Montréal en 1930. Romancière, essayiste, poète et féministe engagée, c’est en 1976 qu’elle a véritablement fait son entrée sur la scène littéraire québécoise avec la parution de «L’Euguélionne», roman à forte teneur essayistique. Elle est morte en 2012.

Louki Bersianik & Lucie Joubert Nouveau Projet 15

L’Euguélionne

Considéré dans ce texte: La culture patriarcale. Le sexisme de la langue. L’Académie française. La formation des noms féminins. Les augustelles et les professantes. La côte d’Adam.

Extrait

Le français, ne l’aviez-vous pas constaté, dit l’Euguélionne, est une langue purement masculine. «Le féminin n’y figure que comme une redondance du masculin.» À ce genre noble, l’«e muet» n’est qu’un ajout modeste. Modestie exemplaire, d’ailleurs… Quant aux suffixes, la plupart m’ont l’air d’être mis là comme des colorants, des décorations, des diminutifs, des étiquettes au masculin, donnant aux mots ainsi formés une allure d’épithètes alors même qu’ils sont des substantifs. Et quand il s’accouple au masculin, le féminin ne fait pas meilleure figure: dans la retraite des vieux, les vieilles sont escamotées, dans l’union de deux jeunes époux, l’épouse est déjà subtilisée… En somme, c’est un genre qu’on sacrifie au profit d’un autre genre… à moins que ce ne soit au profit de l’espèce… C’est curieux comme l’histoire se répète! — Fin de l'extrait

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