Magazine / Nouveau Projet 15 / Dossier «Nouvelles de l'étranger»

La dernière précipitation

Nouveau Projet lançait l’an dernier son tout premier concours de récits de voyage, qui a connu un grand succès, avec plus de 70 textes reçus. Nous publions ici le texte gagnant.

Yannick Marcoux Nouveau Projet 15

La dernière précipitation

Considéré dans ce récit de voyage issu du dossier «Nouvelles de l’étranger»: Les rues chaotiques de Delhi. Le «pays des hauts cols» et le mal des montagnes. Les réconciliations impossibles. Les drapeaux sans pays.

Extrait

Dans le branlebas de notre première aube indienne, nous avons été happés. Delhi est une ville unique dont l’organisation parait, à nous étrangers, un envoutant désordre. C’est le fumet des ordures, la bouse chaude des vaches, les arômes épicés des bouibouis; ce sont les incessants coups de klaxon des rickshaws qui parcourent les ruelles, le lacis dense des fils électriques qui surplombent les rues. Ce sont des millions de vies humaines entassées les unes sur les autres, des enfants et des vieillards la main tendue, des marchands de fruits, d’eau et de bébelles. C’est, enfin, l’écrasante température frôlant les 50°C. Dans l’embrasement de la métropole, peuplée de découvertes éveillant les sens, il nous a semblé que tous nos problèmes s’étaient évanouis, avalés par la rumeur de la ville. [...] Nous avons très tôt compris qu’il était inutile de nous orienter avec une carte. Les artères de Delhi n’ont pas de nom. Lorsqu’on cherche une rue, il ne faut pas se référer aux panneaux, mais à une image, comme à 1000 mots, ou à une impression. Souvent à des odeurs. La capitale indienne est à bien des égards une œuvre vivante, et son tracé, une fantaisie. C’est pourquoi Christophe Colomb, en cherchant un chemin pour s’y rendre, est arrivé en Amérique. Il avait beaucoup de volonté et suffisamment d’imagination, et pourtant il s’est perdu: il avait une carte. — Fin de l'extrait

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