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Des câlins, des leçons

Pourquoi Ricky Gervais s’est-il lancé dans l’humour de croissance personnelle?

William S. Messier Nouveau Projet 16

Des câlins, des leçons

Considéré dans ce texte: After Life. La philosophie derrière Seinfeld. The Office. L’art du malaise en humour. L’imaginaire de la fin dans les téléséries. Jim Carrey et la mort. Apprendre à être une bonne personne.

Extrait

Durant ses années à titre de producteur exécutif de la sitcom Seinfeld, Larry David aurait fait écrire en grosses lettres une maxime dans la salle des scénaristes: «No hugging. No learning.» Cette règle devait s’appliquer à chacun des épisodes de la série cocréée avec Jerry Seinfeld en 1989: pas de câlins ni de leçons. Aucun des personnages ne devait ressentir d’émotions positives sincères ni sortir de l’épisode grandi. Aucune morale n’émanerait de la série. Si on associe souvent Seinfeld à son accroche délibérément vague—a show about nothing—, la formule de David fournit une piste d’explication quant au modus operandi des créateurs. Comment fait-on une comédie qui ne parle de rien? En s’assurant que personne n’y vit rien de trop sérieux ni de trop profond. À voir la tendance en comédie télévisuelle des dernières années, une maxime comme «No hugging. No learning» semble appartenir à une autre époque, sorte de coquetterie d’une esthétique dépassée. Les séries comme The Good Place, Kidding, The Last Man on Earth ou, plus récemment, After Life mettent explicitement en scène des personnages qui vivent de profonds questionnements existentiels et moraux, et des situations truffées de câlins et de leçons. La scène comique n’aura jamais eu de fondement plus existentiel. — Fin de l'extrait

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