Suppléments

Marc-André Carignan

Qui sont ceux qui œuvrent à nos contenus, qu’ils soient écrits ou audios? Petit portrait de Marc-André Carignan, en charge de la rubrique «Le nouvel urbanisme».

 
Marc-André Carignan

Lorsqu’il étudiait à l’Université McGill, Marc-André Carignan se voyait architecte. Il a toujours beaucoup dessiné; fasciné par sa ville d’origine, il croquait les rues de Montréal, ses bâtiments, ses perspectives. Mais c’est finalement vers la recherche que Marc-André Carignan s’est orienté. Il est aujourd’hui chroniqueur et journaliste pour Nouveau Projet, le journal Métro et Radio-Canada. Il nous explique ses observations pour la chronique «Le nouvel urbanisme» de Nouveau Projet.


Le principe de la rubrique «Le nouvel urbanisme» est de développer des pistes de réflexions pour repenser, réinventer la ville. Quelle est votre démarche?

Je souhaite interroger les tendances, et trouver des solutions pour améliorer certains aspects de l’aménagement urbain. En urbanisme, pendant des années, la voiture dessinait les villes nord-américaines. On a trop vite oublié de mettre de l’avant des espaces pour les citoyens, comme les places publiques ou les parcs, car la qualité de vie ne primait pas à l’époque. Aujourd’hui, les tendances politiques se recentrent vers l’humain. Et c’est là que ça devient intéressant. On voit apparaitre une pression citoyenne pour privilégier le bienêtre collectif: l’agriculture urbaine se développe, tout comme les circuits cyclistes, les quartiers prennent vie et deviennent plus denses et dynamiques. Les citoyens se réapproprient la ville. Dans mes chroniques, je cherche à comparer les différentes tendances au Québec et à l’étranger. Je propose des idées concrètes pour adapter la ville à nos besoins actuels.

Est-ce que Montréal est une ville inspirante, en matière d’urbanisme?

On est capables du meilleur comme du pire. Actuellement, il y a un mouvement citoyen phénoménal et une forte mobilisation des résidents, qui prennent part aux consultations publiques. Il y a de plus en plus de recherches et de travaux de mémoire, car les gens veulent s’impliquer dans le développement de leur milieu de vie. La balance est renversée; les idées viennent désormais des citoyens, puis sont proposées aux élus. On a vu émerger des propositions d’urbanisme tactique; pour repenser des rues, pour installer des microbibliothèques publiques ou pour remplacer des stationnements obsolètes par des terrains de jeux. On est en train de redéfinir certains quartiers grâce à des initiatives citoyennes et des innovations frugales. Prenez par exemple le Village du Pied du Courant. Des architectes et résidents ont vu le potentiel de cet endroit, puis ils sont allés deux-mêmes vers les politiciens pour proposer des projets d’aménagement. La première année, toutes les infrastructures ont été construites par des bénévoles. Puis, l’année suivante, les politiciens ont aidé financièrement le projet. Le pouvoir du citoyen se développe dans la transformation de la ville. À Montréal, la mobilisation est forte. 

À travers vos chroniques, votre rôle est de parler de cette conscience citoyenne?

Oui, pour dire aux gens que c’est aussi à eux de s’impliquer s’ils veulent avoir un quartier qui corresponde à leurs besoins. Comme je le disais, d’un côté il y a aussi du moins bon, à Montréal. Beaucoup de projets urbains entrepris par la ville ne sont pas optimaux. Heureusement, face à ça, des citoyens se mobilisent pour les améliorer et faire en sorte que ces projets de construction tiennent compte de leurs besoins réels. La ville a souvent entamé des projets de développement immobilier sans demander l’avis de personne. Des quartiers entiers ont pu—ou aurait pu—être entièrement rasés. Mais l’histoire récente a montré que le regroupement citoyen peut être très fort pour contester des projets trop ambitieux.

Quel serait ton Montréal idéal en matière d’urbanisme?

Je trouve qu’on est trop frileux. On n’ose pas assez changer nos habitudes. Je reprends l’exemple de l’auto: dans les années 1950, pour les villes nord-américaines, l’avenir se situait dans la voiture et l’autoroute. À tel point qu’ici, on a supprimé les tramways.

Mais aujourd’hui on se rend compte du cul-de-sac dans lequel on est tombés. Il y a trop de pollution causée par les voitures, de congestion automobile qui engendre des pertes économiques considérables et de dangers liés à la voiture. Pourtant, on continue d’être peureux dès qu’il s’agit de fermer des petits bouts de rue pour en faire des places publiques ou des passages piétons. À New York, ils ont eu le courage politique de ramener la ville à une échelle citoyenne, en limitant Time Square aux piétons.

Mon urbanisme idéal s’inspirerait de ce genre de grandes villes qui nous ressemblent, qui ont changé d’attitude, en bousculant les habitudes et les normes établies.

Montréal devrait changer de mode d’intervention urbaine━même si ça risque d’en choquer certains━, afin d’améliorer notre qualité de vie dans son ensemble.


Propos recueillis par Joséphine Van Glabeke. 

Partager
Numéro courant
Nouveau Projet 15

Catégories

Afficher tout +