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Trois questions à Anna Demay

Dans «Le garde-manger des pots cassés», son Commentaire publié dans Nouveau Projet 19, Anna Demay nous enjoint à nous (re)mettre à cuisiner pour de bon. Elle répond ici à nos trois questions.

Trois questions à Anna Demay

Salut Anna. As-tu épuisé ta réserve de conserves de l’automne dernier?

Heureusement, non! Je pensais justement cuisiner une épaule de porc braisé al pastor ce weekend, et servir le tout avec ma salsa verde. Appétissant, non? 

Par ailleurs, je note que mon expérience de confinement a donné un certain caractère sacré à l’ouverture de mes pots Mason, un sentiment caractère moins présent les années précédentes. Immanquablement, la simple manipulation des conserves m’a fait penser au temps passé—en famille, entre amis ou en solo—à préparer ces vivres. 

Grâce à eux, tout l’hiver, j’ai nagé en plein bonheur malgré le contexte. 

 

Le contexte pandémique a eu un impact sur nos habitudes de cuisine—il n’y a qu’à penser aux pénuries de farine ou de pots Mason qui ont sévi. Comment faire perdurer ce début de changement?

On l’a dit et je le répète: le «normal» d’hier ne devrait pas être notre point de repère pour la normalité de demain. Personnellement, je ne cherche pas à retrouver ma vie prépandémique. 

En ce sens, j’aime beaucoup l’image du virage en voiture qui a été évoquée par d’autres avant moi. En gros, la métaphore raconte qu’un virage, qu’il soit serré ou large, ne peut être exécuté qu’après décélération. C’est la seule façon sécuritaire de le réussir. Ainsi, les circonstances de la dernière année nous ont forcés à ralentir, nous rendant par conséquent disposés à entreprendre un certain virage collectif. 

Que ce soit en guise de divertissement, parce qu’on avait plus de temps ou encore parce qu’on a été influencé par nos pairs à relever certains défis culinaires, la conjoncture pandémique a permis ces nouvelles habitudes, et cet esprit se doit d’être cultivé. 

Oserons-nous demander à nos patrons une charge de travail allégée? Oserons-nous des fins de semaine de trois jours, des semaines de quatre? Oserons-nous transposer notre ambition professionnelle à nos cuisines? Et, surtout, oserons-nous cuisiner avec nos proches, et célébrer nos terres, notre culture et notre vivre-ensemble? Puisons dans nos réserves d’audace!   

 

Quand on a fini l’édition de ce texte, tu nous as envoyé une photo de ta poussette transportant deux boites de pizza congelée. Comment vis-tu avec tes paradoxes?

Bien. Et mal. Et bien. Ça dépend des jours. Haha! Parfois, je suis habitée par un grand sentiment de révolte alors qu’à d’autres moments, je me sens dépassée et bien trop petite pour participer à un changement de société aussi grand. Heureusement, le sentiment de révolte m’habite plus souvent. 

 

Illustration: Aurore Juin

«Le garde manger des pots cassés», à lire dans Nouveau Projet 19.

Toutes les entrevues de la série Trois questions sont disponibles ici.

 
 
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