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Trois questions à Annie St-Pierre

Pour Nouveau Projet 17, la cinéaste s’est immergée dans l’univers de l’organisation de croissance personnelle Landmark.

Trois questions à Annie St-Pierre

Salut Annie. Combien de livres de croissance personnelle as-tu chez toi?

Ah gosh. Je vais devoir répondre par catégories. Pour être juste et précise… mais aussi pour tenter de préserver mon amour propre. 

Ceux que mon père m’a offerts sans que j’aie rien demandé: cinq. (En plus de Le mariage open, édition 1976, que je lui ai volé. Lorsque ma mère l’a repéré dans ma bibliothèque, elle m’a confié qu’il était à elle. )

Ceux que j’ai moi-même achetés et qui étaient reliés à ma recherche sur le coaching: trois. (Dont un sur l’hypnose. Watch out.)

Là-dessus, j’exclus tous les livres de philosophie et de psychologie-pas-pop.

 

Pourquoi cet univers t’intéresse-t-il?

D’abord parce que ça a toujours été dans la culture familiale. Mon père a laissé trainer Pouvoirs illimités (un classique de Tony Robbins) dans le salon pendant au moins trois ans et ma mère faisait des bruits de satisfaction en lisant Le chemin le moins fréquenté (Scott Peck). Ça marque l’imaginaire, mettons. Après il y a eu l’épisode de ma mère avec le Forum de Landmark, et j’aurais pu m’en tenir à un regard sarcastique sur leur trip, mais ça m’a plutôt fascinée. 

Observer la quête individuelle d’évolution personnelle est déjà digne d’une question philosophique importante: est-ce qu’on est tenus devant la société de développer tous nos talents? (Kant et Spinoza ont eux-mêmes tripé fort sur la question.) 

Mais c’est lorsqu’on se penche sur la course au meilleur de soi en tant que phénomène social que ça devient encore plus intéressant: c’est un si bon miroir des valeurs occidentales modernes! L’être humain a besoin de croire. Et dans une société individualiste comme la nôtre, où on ne se rassemble plus pour fêter Jésus le dimanche, c’est maintenant en soi qu’il est prescrit d’avoir foi. Tout ce qui encourage l’idée d’être à son «plein potentiel» ou de «vivre pleinement sa vie» devient «la bonne parole». 

Je ne juge pas: chercher à se réaliser est un besoin fondamental. N’empêche, la recherche perpétuelle et inassouvissable du «soi, en mieux» incarne l’apothéose du système capitaliste. L’être humain devient l’entreprise dont on cherche un rendement maximal.  

Oui, cet univers me captive. 

 

Plusieurs mois plus tard, as-tu encore peur de Dick, l’animateur de Landmark?

Non. (J’aimerais même vraiment ça le «caster» dans un de mes films.)

«L’invention (extraordinaire) de notre vie», à lire dans Nouveau Projet 17

https://edition.atelier10.ca/nouveau-projet/magazine/nouveau-projet-17/l-invention-extraordinaire-de-notre-vie

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