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Trois questions à Catherine Ego

Pour Nouveau Projet 19, la traductrice Catherine Ego a donné une première vie en français à lessai «How it feels to be colored me» de lécrivaine Zora Neale Hurston. Elle répond ici à nos trois questions.

Trois questions à Catherine Ego

Salut Catherine. Complète cette phrase: «Traduire Zora Neale Hurston est...

a) un défi intéressant.»
b) une entreprise risquée.»
c) un processus souffrant.»

Entre un défi intéressant et une entreprise risquée, mon cœur balance… 

Un défi intéressant, certainement, parce que Zora écrit et pense de manière extrêmement foisonnante, lançant comme une poignée de confettis des bouquets d’images éclectiques et bigarrées… Mais son texte n’est pas seulement chatoyant, il est riche, passionnant, parce que Zora porte un regard personnel, poétique et assumé, sur le monde qui est le sien. 

Dans une certaine mesure, cette traduction constituait par ailleurs une entreprise risquée, car le texte de Zora est, à bien des égards, absolument scandaleux pour notre époque. C’est ce que j’ai trouvé de plus rafraichissant et revigorant dans cette entreprise : Zora est une femme libre qui n’a de comptes à rendre à personne. 

 

Quel passage du texte as-tu eu le plus de mal à traduire, et pourquoi?

Ce texte comporte d’innombrables venelles, impasses et soupiraux dans lesquels il est facile de s’égarer. Cependant, le passage que j’ai trouvé le plus exigeant, du point de vue de la traduction, est sans doute celui de l’orchestre de jazz—pour le caractère décapant de ses images (la sagaie, la jungle…), mais aussi pour les références à la musique, qui imposaient une courbe rythmique très précise et exigeaient de rester absolument fidèle au texte tout en conservant la vivacité, la légèreté, la liberté de Zora.

 

Le rythme est l’une des grandes forces de Hurston en général, et de ce texte en particulier: comment es-tu arrivée à lui rendre justice en français?

Le défi rythmique consistait à préserver le «pouls» du texte, qui passe constamment de la joie tonitruante à l’ironie cinglante, en passant par l’humour pince-sans-rire et la tendresse. Pour cela, je me suis abandonnée à Zora… Avec elle, pas question de rester sur son quant-à-soi ou d’adopter une approche traductologique. Il fallait se jeter à corps perdu dans son exubérance… sans toutefois laisser le lectorat en chemin, et sans jamais oublier que Zora aurait pu dire ce texte à voix haute, parfois avec force gestes, parfois en prenant mon visage entre ses mains pour m’expliquer avec sérieux, avec cœur, la vie telle qu’elle bat en elle: écoute-moi, on est tous et toutes comme des petits sacs remplis de bric-à-brac…

 

«Ma vie en couleur», un texte de Zora Neale Hurston traduit par Catherine Ego, avec une introduction de Joël Des Rosiers, à lire dans Nouveau Projet 19.

Toutes les entrevues de la série Trois questions sont disponibles ici.

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Nouveau Projet 20

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