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Trois questions à Fred Dubé

Dans Nouveau Projet 17, l’humoriste anarcho-taquin écrit une lettre vitriolique à l’industrie culturelle.

Trois questions à Fred Dubé

Salut Fred. Fais-tu partie de l’industrie culturelle?

Oui, en partie. J’ai une patte dedans et une patte dehors. Quand on me voit à la TV (de moins en moins), je suis dedans. Mais en tournée, en compagnie de mon ami Christian Vanasse, avec notre show autogéré présenté dans les microbrasseries, non. Nous sommes libres de fixer le prix des billets, y’a moins d’intermédiaires entre nous et le public, et aucun compte à rendre à personne. 

J’ai vraiment hâte de voir le premier gala de vedettes télévisé postpandémie. Surtout après qu’on ait constaté (encore plus, je veux dire) les inégalités sociales pendant la quarantaine, l’utilité des métiers non nobles, les gens sacrifiés. La petite vedette qui montera sur scène à heure de grande écoute pour prendre son trophée aura l’air d’une fieffée niaiseuse. «Je voudrais remercier l’industrie de cette récompense pour mon rôle d’éboueur dans la série!!!» Comme dirait Ti-Guy: «Dans un monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux.»

 

Quelle est la différence entre un artiste et un panneau publicitaire?

Pour certains, être un artiste est le prix à payer pour ensuite être un panneau publicitaire. Le véritable projet: vendre des cossins à ses fans. Qu’un ou une comédien-ne inconnu-e fasse une pub pour payer son loyer, je comprends ça. Mais qu’une vedette parvenue soit porte-parole pour une corporation juste pour se payer un troisième chalet dans les Laurentides, c’est de la merde. T’as ben le droit de faire la narration dans une pub de Valentine, mais t’es rayé de la carte en tant qu’artiste, cher vendeur de hotdogs. Inutile de rappeler que la publicité est la plus grande agression qui vient coloniser notre imaginaire, alors que le rôle de l’artiste est de le décoloniser, pas de s’en faire complice.

La culture et l’industrie culturelle en temps de crise sont intéressantes à observer. Quand on brasse les dés du statu quo, on peut voir comment les pions réagissent dans ce jeu de société. Depuis plusieurs jours, des artistes, selon leur talent et leur affinité, ont partagé de la culture. Les limites imposées par le virus ont été intégrées dans la démarche artistique. La distinction entre artiste et spectateur est devenue floue, ce qui est super pour l’émancipation des gens. Par exemple, sortir sur son balcon pour chanter avec ses voisins fait de nous des acteurs créateurs ET des spectateurs de l’autre. La culture bouge avec les contextes sociaux et les êtres humains; le tout dialogue et s’influence mutuellement. 

À l’opposé, l’industrie culturelle ne peut se réinventer aussi facilement. C’est une machine froide et rigide. Quand Fabienne Larouche oblige les artistes et artisans à tourner sa série quand même, mettant leur vie en danger, parce que c’est comme ça que ça marche pis qu’on va perdre du cash pis tout est compté pis la société va s’adapter à nous pis il faut produire coute que coute, c’est l’industrie qui parle. Pour la suite du monde: plus de culture, moins d’industrie!

 

Ton superhéros préféré est-il:

a) l’Homme-Mijoteuse

b) le Shylock à claquettes

c) Pierre-Yves McSween

Dans mon texte, je mentionne les trois. Alors, je dirais qu’ils sont tous mes superhéros imaginaires préférés pour différentes raisons. Le néolibéralisme a fait d’eux nos derniers grands artistes. 

Dans une version précédente de ce texte, Fred Dubé affirmait que l’Homme-Mijoteuse, le Shylock à claquettes et Pierre-Yves McSween étaient «réunis par leur désir de vendre la mort». Or, M. McSween ne fait en aucun cas la promotion de la mort. Nos excuses.

«Lettre ouverte à l’industrie culturelle», à lire dans Nouveau Projet 17

edition.atelier10.ca/nouveau-projet/magazine/nouveau-projet-17/lettre-ouverte-a-l-industrie-culturelle

 

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Nouveau Projet 19

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