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Trois questions à Jonathan Livernois

Pour Nouveau Projet 17, l’essayiste et professeur d’histoire littéraire a lu le manuel scolaire Mémoire.qc.ca, vertement critiqué par le magazine Maclean’s.

Trois questions à Jonathan Livernois

Salut Jonathan. Les élèves ont-ils de meilleurs cours d’histoire qu’il y a 15 ans?

J’ai suivi mes cours d’histoire il y a près de 25 ans. Avec une excellente professeure, juste assez nationaliste, pas prosélyte pour deux sous. Je garde un bon souvenir de ce cours, mais je me souviens d’avoir été déstabilisé par différentes choses, à commencer par la façon dont on relatait la vie de Louis-Joseph Papineau. Dans une séquence d’évènements rapides, de revendications et de batailles, l’homme passait de chef des patriotes à… rien du tout. Il disparaissait de la scène, c’est tout. Sans doute avais-je eu alors conscience, d’une certaine manière, des ruptures et des «jump cut» de l’histoire nationale telle qu’on la racontait. 

Les cours d’histoire au secondaire sont-ils meilleurs aujourd’hui? Je ne saurais dire. Je constate par contre que le programme actuel d’histoire du Québec et du Canada, qui n’a pas deux ans, place la barre haut. Il semble avoir été écrit par des gens de bonne volonté, consciencieux. Personne, pourtant, n’en a parlé. 

 

Selon toi, le magazine Maclean’s aime-t-il le Québec?

Paradoxalement, la version française du magazine, Le Maclean, disparue en 1976 au profit du magazine L’actualité, a été un lieu important de la Révolution tranquille. On y trouvait notamment les essais d’André Laurendeau—nous en avons d’ailleurs repris un dans le numéro 4 de Nouveau Projet, en 2013. Mais il est difficile de repenser à cette époque quand on lit les coups de gueule du journaliste Martin Patriquin, et on se souviendra longtemps de son texte qui présentait le Québec comme province la plus corrompue au Canada. En page couverture, on voyait le Bonhomme Carnaval avec une valise pleine de liasses d’argent. Depuis que j’habite à Québec, j’ai appris à aimer et à défendre Bonhomme, coute que coute.

 

L’épopée du cours d’histoire aura-t-elle une fin?

Ce serait illusoire de le croire. Et c’est le propre d’à peu près toutes les historiographies nationales. Mais puisque certains veulent faire du Québec un pays, tandis que d’autres aiment bien l’idée de la Belle Province, ça reste toujours un peu encombrant comme question. 

 

«La fin d’une histoire», à lire dans Nouveau Projet 17.

edition.atelier10.ca/nouveau-projet/magazine/nouveau-projet-17/la-fin-d-une-histoire 

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Nouveau Projet 20

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