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Trois questions à Rémy Bourdillon

Pour Nouveau Projet 17, le journaliste s’est rendu dans le Grand Nord pour prendre des nouvelles du fragile caribou migrateur.

Trois questions à Rémy Bourdillon

Salut Rémy. Qu’est-ce qui te fascine chez le caribou migrateur?

Le caribou est une espèce emblématique du Canada. Et à ce titre, il symbolise aussi à mes yeux notre incapacité à freiner l’effondrement de la biosphère, cette fameuse sixième extinction de masse dont on entend régulièrement parler. Si nous ne parvenons pas à protéger le caribou aujourd’hui, quelle sera notre attitude quand ce sont d’autres espèces, qui parlent moins à notre imaginaire, qui seront menacées? Il en va également de la survie d’un mode de vie autochtone intimement lié à la chasse.

D’un point de vue personnel, le comportement du caribou m’intéresse: aucunement agressif, il a développé divers stratagèmes pour échapper aux prédateurs, en fonction de son habitat. Le caribou migrateur, dont on parle dans notre bédéreportage, se déplace en immenses hardes sur un très grand territoire. Plus au sud, le caribou forestier parcourt beaucoup moins de chemin, mais en groupes beaucoup plus petits, les femelles pouvant même totalement s’isoler. Et de son côté, le caribou montagnard de Gaspésie utilise l’altitude pour avoir la paix.

 

Existe-t-il vraiment encore de la chasse traditionnelle qui n’a pas de visées mercantiles?

Oui, bien sûr. La majorité de la chasse se fait sur un mode communautaire: des hommes partent chasser et ramènent du caribou pour toutes les personnes du village qui ne sont pas en mesure de le faire (ainés, mères monoparentales…), gratuitement. Depuis le déclin du troupeau de la rivière George, certains chasseurs se sont rabattus sur le troupeau de la rivière aux Feuilles, mais il s’agit d’une expédition couteuse. Pour rentabiliser cette dernière, ils demandent de l’argent aux personnes (familles et amis) à qui ils ramènent un caribou. Mais je crois qu’il serait exagéré de parler de «visées mercantiles»: bien qu’on puisse parler de vente, puisqu’il y a échange d’argent, le chasseur ne fait pas un gros profit… Cela marque simplement une rupture avec le mode de vie traditionnel, basé sur le don.

 

L’élevage en enclos te semble-t-il une bonne idée pour préserver l’espèce?

Pourquoi pas? Cela se fait avec le renne depuis des temps immémoriaux en Laponie et en Sibérie. Le chercheur à l’Université Laval Steeve Côté me faisait toutefois remarquer qu’il y aurait peut-être quelques embuches propres à la spécificité du Nord québécois: une densité de population très faible, et très peu de chemins pour accéder aux potentiels sites d’élevage, ce qui rendra l’exercice beaucoup plus compliqué qu’en Europe. Et c’est, bien sûr, un changement de culture, ce qui n’a rien d’évident.

Mais quoi qu’il en soit, cela ne doit pas se substituer à un véritable plan de préservation du caribou dans son habitat naturel, c’est-à-dire dit à l’état sauvage. Dans mon reportage, Jeremy Einish propose de faire de l’élevage afin de ne plus faire de prélèvement dans les troupeaux de caribous migrateurs et de permettre à ceux-ci de se rétablir. C’est bien ainsi qu’il faut comprendre son idée: comme une solution temporaire, et non comme la panacée. 


«Ce qui ne se vendait pas», un bédéreportage illustré par Michel Hellman à lire dans Nouveau Projet 17

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